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MAISONS de PAYSANS, Mémoires de la Corrèze © Éditions Lucien Souny, 2008
............................................................................................ l'éditeur...
lors de la présentation du livre à Saint Julien près Bort, le 29 novembre 2008... Merci à Claude et à René pour leurs images !
... quelques explications sur fond de diaporama... ... l'oeil de connaisseur de René Limouzin....
Ancien corps de ferme, Yssandon
Quelques extraits de Maisons de paysans, Mémoires de la Corrèze ... On pourra retrouver une sélection de photos dans « Galeries », classées également par chapitre et issues essentiellement des images les plus petites. Celles qui sont suivies d'un HL (hors livre) sont des clichés qui n'ont pas pu être inclus dans l'ouvrage. Dans cette page c'est majoritairement le cas, en manière de «bonus».
La pierre où dorment les secrets...
Chas lo Belet
[...] Hospitalité, réconfort et partage nous auront hissé tout naturellement vers la langue, cette clé de la compréhension. La langue, plus exactement le trio contemporain des langues puisqu'on ne peut faire l'économie du français pour aller vite ; de la langue limousine pour se faire plaisir et toucher un cœur plus vrai ; de l'anglais, désormais, qui ouvre quelquefois de surprenants apartés. Mais nous savions bien qu'ici, que l'on veuille parler de l'esprit du pays, des échos de nos pas sur cette terre sans âge, de bâtisses ou de paysans, il nous faut tout d'abord apprendre. Apprendre à écouter les voix qui savent encore, et, à défaut, laisser parler les noms des villages, des maisons, des champs et des prés qui colportent une histoire, dont, dans bien des cas, hélas, seuls les vents et les étoiles ont encore la conscience aiguë, la science au bord des larmes. Faire œuvre de fidélité et de déférence à cet ordre antique, à cet infini cortège de présences, pour beaucoup d'entre nous si malaisées à faire revivre, mais sans lesquelles nous ne serions rien que molécules inertes, à cette filiation tribale des voix et des perceptions des temps de l'enfance ; et de tous nos autres temps et espaces, où le hasard n'est que le pseudonyme d'une bien plus vaste intention. [...]
Paysage, vers Saint-Ybard, sur fond de Monédières
Horizons Ai Lemozin franca terra corteza… […] Mais puisque la Corrèze sait si bien sourire au toucher du Quercy et du Périgord, c’est aussi qu’elle a du coeur : Simon Louradour aime à dire que son coeur bat aux Monédières, ces suquets que l’on soupçonnerait berceaux de la bruyère et des accordéonistes. Ce coeur, rien ne nous empêche de l’élargir à toute la Montagne. D’abord, que serait un pays, une identité, une âme, sans reliefs pour arrêter le regard, sans un sommet pour vivifier l’air et magnifier les nuages ? Sans la confrontation avec les éléments qui, loin de le rabaisser à une quelconque vassalité terrestre, rappellent l’humain à ses relations charnelles avec la terre, celui-ci se croirait tout permis, jusqu’à ces affreuses grisées de la conquête, de la domination et du mépris.
Horizons, vers Tulle
Horizons, vers Juillac
Horizons, vers Eygurande Au fil du temps
[...] Malgré le haut degré de civilisation dont témoignent les objets retrouvés dans les tombes - et la Corrèze a eu sa part récente de découvertes sensationnelles avec, à la fin septembre 2004, sur le site des arènes de Tintignac, à Naves, la mise au jour d'un trésor militaire parmi lequel cinq rares carnyx (trompettes de guerre) dont les pavillons figurent des sangliers et un serpent -, l'habitat celtique s'est sans doute plaqué sur celui des populations précédentes, sur leurs structures rurales [...].
Le sanctuaire du Col des Jaillants à Pradines [...] Couvrant quant à lui une période qui va du Xe au XIIe, l'habitat médiéval reconstitué de Bourg-le-Bec à Gourdon-Murat donne l'idée d'un autre type de maison de paysan, avec ses murs en pans de bois bâtis sur un solin de pierres et sa couverture de chaume. Ce type de construction perdurera, aussi étonnant que cela puisse paraître, jusqu'au début du XXe siècle. Ce sera durant ces siècles la maison du manant, du journalier, du bordier, et même du petit métayer, toutes catégories sociales dont la condition ne se sera guère améliorée au cours des temps [...].
Croix de chemin en Xaintrie [...] C'est aussi l'apogée des spécificités limousines : charpentes à courbes, dont les exemplaires les plus aboutis datent du XVIIe siècle, et granges ovalaires au XVIIIe, constructions on ne peut plus originales qui déclineront ensuite jusqu'à disparaître sous la poussée d'autres techniques et d'autres modes amplifiée par l'augmentation du niveau de vie général [...].
Etable limousine, Chamboulive
Bourgs et villages
Le village est un murmure. « [...] Avec son aspect de microrépublique, le village est pourtant ce qui pourrait nous garantir le mieux de la caricature du régionalisme et de ces chapelles dans lesquelles on voudrait enfermer les tenants du país, de sa langue, de son esprit ; issu d’une vaste genèse, enrichi, pour reprendre la très belle expression de Bernard Manciet, de ces « greffons de partout » que l’on croise à chaque instant dans la toponymie : Goudour de Saint-Clément, terre choisie par des Goths ; Sermadiras de Saint-Ybard, refuge des Sarmates ; Taphaleschat de Saint-Sulpice-les-Bois, ultime étape des Tafailes ; mâtiné de quelques traces consenties ou non des Berbères, des Danois et de tant d’autres ; accueillant, à la condition qu’ils ne se comportent pas comme en pays conquis, aujourd’hui aux citadins, aux expatriés, aux migrants européens, le village existe encore bel et bien, car perméable aux influences mais porteur d’une identité qui ne demanderait qu’à être révélée, pour autant que l’on veuille bien ressortir un moment sur les coudercs écouter ensemble le murmure des soirs d’été et respirer de concert en direction des étoiles qui seront toujours nos marraines un peu plus ici qu’ailleurs, quels que soient les fardeaux dont elles auront à nous libérer.[... ]»
Lagouthe de Sarran
Le XIVe siècle comme si l'on y était, Les Fermes Médiévales, Saint Julien aux Bois
Village au bord de la Dotdogne, en amont d'Argentat
Du logis élémentaire à la maison de maître
[...] Que l'on vienne de Tulle, d'Egletons ou de Beaulieu, l'entrée en Xaintrie est bien plus qu'une transition, c'est un autre contexte, avec son homogénéité propre, son caractère fort, bien trempé pourrait-on dire. C'est le règne de l'habitat à éléments séparés, maisons à étages aux imposantes souches de cheminées, toits de lause, bien souvent en quatre eaux, éclairés par de petites lucarnes, granges auvergnates, dont la porte est très souvent ornée d'un porche monumental surmonté d'un toit en pavillon ; tous aspects massifs et aisés de bien de ces constructions devant sans doute beaucoup, comme sur le plateau de Millevaches, à l'apport des maçons migrants, ici dès le XIVe siècle, pour l'Espagne entre autres destinations.Le séchoir à châtaignes refait son apparition vers Argentat, on découvre la maison vigneronne aux alentours de Beaulieu, de même que les murs en pan de bois et, annonçant le Quercy, les rares pigeonniers indépendants du Bas-Limousin, ainsi que les tourelles carrées que l'on trouvera sporadiquement accolées aux maisons tout le long de la bordure sud. Beynat, où subsistent quelques toits de lause, révèle les maisons du pays de Brive avec ses logis sur cave et subit les influences de Meyssac toute proche et le règne de la pierre rouge, synonyme de Collonges. Le pays de Brive est par excellence le lieu de l'habitat dissocié et ce de longue date. Quelques maisons datées du XVIIe siècle l'attestent. La maison et l'étable se font couramment face, ou sont disposées en équerre, délimitant ainsi une cour où se trouve souvent le puits tandis que, un peu à l'écart, se dresse l'étable des cochons et des poules, dans un agencement qui ménage fréquemment une sorte de cour intérieure freinant à la fois l'emprise des vents hivernaux et les ardeurs du soleil estival. Vers Allassac apparaît lo jalinier (le poulailler), petit bâtiment tout en hauteur et largeur, destiné à la volaille et aux lapins, que l'on retrouve sur toute la partie sud-ouest et ouest de la Corrèze. [...]
En Xaintrie, logis indépendant, Vidal de Saint Julien aux Bois
Maison vigneronne, Brochat d'Allassac
Maison bloc-à-terre élémentaire, vers Meyssac
Tout autour de la maison
…et là où ils étaient ne demeure pas même leur propre silence.
Pier Paolo Pasolini, La nouvelle jeunesse
[…] Ces étables sont de moins en moins utilisées de nos jours, car pratiquement impossibles à mécaniser, notamment en ce qui concerne l’enlèvement du fumier, et aussi à cause de leur capacité relativement modeste ; mais, en dépit de cette désaffection, servant souvent d’annexes, d’innombrables granges limousines subsistent dans le Bas-Pays et l’Uzerchois, dont quelques-unes, de superbe facture avec leurs pierres de taille en grès rose, particulièrement dans les environs d’Ussac ou de Saint-Viance, qui mériteraient sans doute une action de sauvegarde et de mise en valeur. […]
Grange limousine, vers Donzenac..........................................Porte de grange auvergnate, Lagleygeolle
[...] Chaque corps de ferme s'était doté d'au moins un puits aux margelles désormais usées par le temps et les allées et venues, arrondi comme un nombril des jours qui atteindrait au ventre même de la terre. Peu de puits paraissent faits à la va-vite, à peine quelques-uns ont-ils une margelle anguleuse ; il semble qu'ici tout se doive de rappeler la fluidité, l'absence de rudesse. Le puits fait l'objet d'une dévotion toute particulière [...]
Puits adossé à une porcherie, Auriac
[...] Issues de la meilleure pierre comme celles du Causse, de la Xaintrie, du Plateau ou bien celles, innombrables, qui devaient être faites de simple bois et que les outrages du temps ou les ressentiments des hommes ont anéanties, elles étaient autant de repères aux paysans, balises de chemins et de paroisses, lieux de pèlerinages, objets de dévotion ou de commémoration d'un événement lointain, miracle ou drame -comme La Crotz de las Femnas (La Croix des Femmes), sur l'ancienne route d'Ussel à Bort érigée à l'endroit où un cheval aveugle causa la mort de deux femmes. Dressées au coeur des campagnes comme autant de présences immobiles et quasi-éternelles, toutes ces croix faisaient à leur manière partie intégrante du quotidien et de la cosmologie paysans. [...]
La croix de la Bussière à Pérols-sur-Vézère
Techniques et matériaux
[...] Beaucoup d'instinct et de coup d'œil, d'aucuns diront d'intuitions - les fâcheux parlant d'empirisme -, ainsi que l'adéquation, jusqu'à la fin du XIXe siècle, de la maison avec les matériaux que l'on avait à la portée de ses mains, créent naturellement une identité propre à chaque construction, au sein même de l'unité du village, et presque toujours de la microrégion. Les maisons se coulent sur le relief du terrain au sein de l'espace villageois, on ne creuse ou ne remblaie que peu ; en somme, on se plie à la terre, à ce qu'elle offre, à ce qu'elle exige, et non l'inverse. On pose la pierre comme on l'a extraite, le bois et le chaume comme ils ont poussé, dans le souci de ne rien contrarier. Ainsi, sans efforts, la nouvelle construction s'harmonise-t-elle naturellement avec les anciennes, prolongeant seulement l'espace multiséculaire et rassurant de la communauté, sans aucune rupture, en poursuivant au contraire l'effet dynamique engendré par cette totale symbiose avec le milieu qui est le trait de caractère marquant de la maison paysanne, quel que soit son type et ses volumes. Il ne restera plus qu'à attendre la patine des ans et l'on aura bien vite l'impression qu'elle a toujours été là, qu'elle sera toujours là. [...]
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Chabatz d'entrar !
[...] C'est l'aïeul ou l'aïeule que tisona, qui entretient le feu que l'on ne rallume que rarement puisque l'on conserve les braises sous la cendre ; et demorar dins sas cendres, littéralement « rester dans ses cendres », c'est rester chez soi. Ce n'est donc pas figure de style que ce feu qui désigne la maison elle-même dans les écrits anciens ; c'est le symbole de l'ostau, l'ostal, de cette maisonnée qu'à l'extérieur un seul de ses membres peut représenter, que ce soit à la foire ou aux enterrements, où si l'on a vu quelqu'un, on dira que chez lui l'ei i eron, ils « y étaient ». [...] Au sein de l'ostau, la femme règne sur l'eau et sur le feu ; le maître de maison n'est là que pour décider qui doit entrer et lui faire les honneurs du logis : il se met ainsi en avant alors que la part de la femme est, non la part obscure, mais la part de l'ombre, celle de cette sphère invisible où s'élaborent les décisions ; de cette part domestique au sens le plus pur ; de cet univers du privé où, dans la plupart des civilisations, l'on retrouvera cette même prépondérance de la femme. [...]
Cantou, vers Bort
Symboles
Plus je me penche sur cette civilisation de nos pères, plus m’émerveillent sa richesse, sa profondeur, son foisonnement, l’infinité de ses nuances, son immensité.
[...] La maison du paysan n'est pas seulement un abri contre les intempéries et un lieu rassurant au cœur d'un espace qui restera longtemps menaçant. S'il en allait ainsi, elle ne serait guère différente de la bauge de l'animal, du nid de l'oiseau - au sens technique et non poétique. On sait, dictée par les contraintes et les convenances, toute l'adéquation de la maison au milieu physique qui l'a vue sortir de terre ; mais il est un autre lien, moins visible aujourd'hui et néanmoins essentiel, c'est celui qui insère, qui imbrique le nouveau lieu de vie au sein de la communauté. Déjà, depuis que l'homme s'est sédentarisé, et sans doute même bien auparavant, l'espace qui entoure les villages est protégé par des repères précis : sources, arbres, rochers, plus tard mégalithes, puis fontaines et croix qui, non contents de situer l'homme dans son espace terrien, le relient aux dimensions invisibles de tout ce qu'il n'est pas en mesure d'expliquer ; et bêtes et plantes ne sont pas encore des « produits ». [...]
Seuil,Tarnac.................................................... Linteau de porte d'étable, Moustier-Ventadour
Vierge, Liourdres
Cœurs inversés, Saint-Solve
Perspectives
[...] Ainsi, perpétuellement ballottés d'une humeur à une autre, depuis l'enchantement de la découverte des choses intactes, jusqu'à l'amertume de constater volontairement détruit un témoignage unique, nous aurons seulement désiré ici le plus humble outil possible à transmettre. [...]
PRESSE
La Montagne, 30 novembre 2008.................................................................................................Brive Magazine n° 207, décembre 2008
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ........... COUPS de CŒUR ........♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥
«Ce livre intéressera sans doute nos lecteurs cantaliens proches de la "frontière" corrézienne, en Mauriacois et Xaintrie, mais aussi. au-delà, tous ceux que le bâti paysan interpelle. Les points communs entre la campagne du Bas-Limousin et une bonne partie de la Haute-Auvergne sont en effet très nombreux. On a déjà remarqué la grande parenté des églises romanes de part et d'autre de la Dordogne, dont notre bulletin s'est d'ailleurs fait l'écho à plusieurs reprises ; ce livre permet d'observer une même ressemblance au niveau de l'organisation de la vie paysanne et donc du bâti au sens large, puisqu'il ne s'agit pas seulement ici de maisons mais aussi de granges. puits, moulins, édicules divers, mobilier, bref de toutes les traces laissées par les paysans de jadis et qui forment encore aujourd'hui une grande part de notre environnement rural. L' immense intérêt de cet ouvrage réside dans l'exceptionnelle quantité de photographies permettant une connaissance par l'œil qui souvent évite de longs discours, mais je ne tairai pas la qualité du texte qui, sans être très technique, sait susciter l'intérêt par la force de sympathie qu'il dégage à l'égard de son objet d'étude. L'auteur ressent visiblement ce pays et les pierres de ces maisons paysannes ; il les connaît parce qu'il les aime, et cette vibration transparaît à toutes les pages. Point n'est besoin pour lui d'utiliser cette écriture pseudo-poétique qui trop souvent vient « orner » les livres d'images, et qui ne fait que cacher (mal) le vide de la pensée et de l'émotion. Ici le texte est bien d'abord description et explication, et on apprendra quelque chose en le lisant, mais l'étude n'empêche pas la sensibilité. Parmi les éléments communs aux deux départements, citons les toits de tôles signalant les anciennes chaumières, dont quelques beaux exemples de granges sur plan ovalaire. On retrouvera également les murs pignons à redents, les fours à pain, collectifs ou adossés à la maison, avec leurs superbes voûtes, et tous les autres petits bâtiments de ferme. Les portes monumentales des étables de Corrèze évoqueront immédiatement les nôtres, et les cantous ne sont guère différents. Le petit chapitre sur les symboles montre quelques linteaux ornés très proches de ceux que nous connaissons dans le Cantal (et qui feront l'objet d'un prochain article dans la revue). Bel ouvrage, donc, avec de très nombreuses et très belles photographies, un texte agréable plein de sensibilité mais sans niaiserie, et une approche descriptive complète, qui servira de complément à la somme parue chez Créer sur les maisons paysannes d'Auvergne, et surtout au livre de Maurice Robert sur La maison, le village, !e paysan en Limousin dont le premier tome a paru en 2006, et qui propose une approche plus historique. Au-delà de ce que nous apprenons dans les pages de cet ouvrage, je crois devoir conclure sur une note esthétique. Au fil de la lecture et des images, en effet, c'est la bouleversante beauté des murs, des pierres, des toits, des meubles, c'est l'harmonie semble-t-il spontanée entre le bâti et le paysage qui sautent aux yeux. La première qualité de ce livre est donc de nous offrir un extraordinaire voyage au cœur de la grâce rustique de cette belle campagne limousine.» Pierre MOULIER
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Et aussi un bon article dans la revue VIEILLES MAISONS FRANÇAISES...
« [...] Une approche poétique qui n'exclut pas la rigueur du propos.»
L'association Vieilles Maisons Françaises agit pour la sauvegarde de ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ |